Hausse des prix, les chiffres en question

Par Lucien Fa

 

Globalement, nous le savons tous pour faire nos courses, les prix de l’alimentation sont à la hausse. Mais qu’est-ce qui a augmenté le plus, le moins, pas du tout ? Les chiffres dont on nous abreuve tout comme la perception de la réalité, bien souvent liée à la lecture de ces chiffres, sont loin d’être objectifs.

Prenons les chiffres. Il suffit d’un simple glissement de paramètre pour leur faire dire tout et leur contraire. En voici quelques illustrations.

L’étude Nielsen, la plus utilisée, affiche entre le premier trimestre 2007 et le premier trimestre 2008 une augmentation de  15% pour le lait et de 7,5% pour le yaourt. Ce sont là les chiffres sur lesquels s’accordent la plupart des spécialistes. Mais au-delà ?

Tout a commencé par une annonce de la presse et un fameux comparatif  qui a créé la rumeur autour d’une hausse astronomique supposée du prix du yaourt. Or les tarifs auxquels se référait l’article en question étaient ceux d’une campagne promotionnelle réalisée à la fin 2007, sur un des sites internet de la grande distribution. La société en question en a elle-même fait état publiquement.  

Ce + 40% est-il faux ? En soi, non. Juste absurde puisqu’il repose sur la différence entre le prix d’un yaourt dans une enseigne donnée en novembre, alors qu’il bénéficiait d’une promotion exceptionnelle de plus de 30%, et de ce même yaourt vendu au prix normal janvier. Ce qui revient, promotion  mise entre parenthèse, à une augmentation de moins de 10%.

Alors, rien d’étonnant à ce que chacun se fasse sa propre théorie au sein de ce chaos chiffré ! C’est ce que l’on appelle la perception individuelle de la réalité. Et elle n’est pas forcément en adéquation avec les étiquettes. Ce sont en effet les produits les plus attaqués par la campagne médiatique qui sont perçus à tort comme ayant le plus augmenté. Ce sont aussi les produits les plus chers à l’unité qui sont perçus comme ceux ayant subi la plus forte hausse des prix, ce qui n’est pas le cas. Un paquet de pâtes ou une demi-douzaine d’œufs valant moins cher qu’un pack de yaourts, leur augmentation en valeur relative a beau être plus élevée, c’est la hausse en valeur absolue qui est prise en compte.

En matière de pouvoir d’achat, il serait temps que les organes de presse adoptent une démarche plus pédagogique vis-à-vis des consommateurs.

 

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