Les origines génétiques de l’intolérance au lactose
Connaissez-vous Luigi Luca Cavalli-Sforza ? Ce chercheur italien, professeur à l’université de Stanford et membre de l’Académie des Sciences, est considéré comme l’inventeur de la géographie génétique. Auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages, il y décrit comment les mutations génétiques ont pu être favorisées – ou supprimées – par les mouvements des groupes humains originels, les conditions climatiques, bref, comment les conditions extérieures à la vie peuvent interférer avec la sélection naturelle.
Dans un de ses livres, « Qui sommes-nous », paru au milieu des années 1990, Cavalli-Sforza illustre comment certaines mutations avantageuses peuvent durablement modifier le patrimoine génétique de l’humanité, en s’appuyant sur l’exemple d’une mutation relativement récente, à l’échelle de l’histoire de l’homme : la capacité à utiliser le lactose à l’âge adulte.
Il rappelle que chez presque tous les mammifères, le lactose constitue une part importante de la nourriture du nourrisson, et que sa digestion est rendue possible par une enzyme, la lactase, que la plupart des mammifères cessent de produire après le sevrage. L’homme fait exception. Une part importante de l’humanité peut continuer à boire du lait après le sevrage. Pour quelle raison ?
Luigi Cavalli-Sforza en fournit l’explication. Il relève que la consommation de lait frais à l’âge adulte est apparue dans les 10 000 dernières années de l’évolution humaine, quand l’élevage des bovins et des bovins s’est développé. L’élevage en soi explique l’apparition de cette faculté de boire du lait à l’âge adulte, mais n’explique pas son développement fulgurant.
Mais la capacité de produire de la lactase à l’âge adulte est un caractère héréditaire, le résultat d’une mutation. Cette mutation, avantagée par l’élevage, a contribué à renforcer la résistance physique des individus capables d’assimiler le lactose, qui favorise l’absorption de calcium.
Le développement de la consommation de lait a permis des apports réguliers de protéines de haute valeur biologique, et réduit les risques de rachitisme dans les régions dotées d’un faible ensoleillement comme les pays du nord de l’Europe. Ainsi, une mutation d’ordre génétique, induite par des facteurs économiques et climatiques, a permis de modifier de façon durable les habitudes alimentaires de l’humanité.
Billets similaires
Tags: evolution, genetique, intolérance, intolerance au lactose, lactase, lactose

Suivez-nous sur Twitter